À littératie renforcée, santé préservée

Actualité

10 décembre 2025

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L’acculturation des jeunes représente un levier majeur de leur appréhension des enjeux individuels et collectifs liés aux (bons) comportements en santé. À la clé : une meilleure adhésion aux traitements et une amélioration des gestes préventifs. Précisions agrémentées d’exemples d’initiatives utilisant les sciences comportementales pour faire bouger les lignes.

 

 

Littératie. Le mot est omniprésent en recherche scientifique autant que sociale. Il renvoie à une idée simple : plus les individus sont informés sur un sujet, plus ils en comprennent les mécaniques et améliorent leurs comportements. Appliqué aux jeunes et leur santé, le concept englobe leur capacité à accéder à l’information, la comprendre, et l’utiliser pour prendre des décisions éclairées. Il s’applique aussi bien à la lecture d’une notice de médicament qu’à l’interprétation d’un résultat d’examens ou à l’analyse critique des contenus trouvés en ligne. « Dans un monde saturé d’informations, d’injonctions et de technologies, comprendre sa santé devient un acte fondateur, presque politique, en particulier pour les jeunes adultes. Renforcer la littératie n’est alors plus seulement une affaire de pédagogie : c’est une transformation systémique qui touche à l’autonomisation des individus et à la performance des politiques publiques de santé », assure Serge Guérin, sociologue enseignant à L’Inseec GE.

 

 

Une longueur d’avance pour sa santé

 

Les bénéfices concrets d’une meilleure de la littératie en santé ? Ils sont variés, comme le prouvent un grand nombre d’actions s’appuyant sur les sciences comportementales. Porté par l’association Movember, le programme international Ahead of the game, favorise par exemple la lutte contre la dépression et le suicide chez les jeunes hommes via notamment des ateliers combinant présentation des troubles et mobilisation des membres au sein de clubs de football. « Joueurs et coaches s’entraînent ensemble, participent aux matchs ensemble, débriefent ensemble… et sont amenés à se soutenir sur et en dehors du terrain. Replacé dans un contexte plus sociétal, cet esprit d’entraide mène à s’interroger collectivement sur l’importance de prendre soin des uns des autres, jusque dans les problématiques de santé mentale, souvent tues chez les jeunes garçons », détaille Paul Williams, Responsable du programme en Europe. Psychiatrie, allergologie, oncologie… les champs d’expérimentation sont vastes, avec toujours un impact positif sur les populations ciblées, ainsi que le confirment les projets détaillés dans le troisième Cahier expert de la Fondation APRIL, dédié à des retours d’expériences à travers le monde.

 

 

Vers une future égalité par la connaissance ?

 

Petit bémol : malgré des constats d’efficience scientifiquement prouvés, les initiatives publiques et privées présentent des limites de diffusion et peinent à inverser la réalité des chiffres. La dernière édition de l’étude European Health Literacy Survey révèle ainsi que 44,1 % des français ont une littératie en santé problématique ou inadéquate. Ce dernier item est de surcroit associé à un statut social défavorable, des difficultés financières et des problèmes de santé chroniques. Plus insidieusement, la connaissance agit également comme filtre invisible : quand elle est faible, elle produit du silence, de la passivité, du non-recours. Quand elle est élevée, elle favorise l’engagement, la responsabilisation, la co-construction des soins. Un constat applicable à l’échelle mondiale, qui a mené l’OMS à considérer la littératie en santé comme « un déterminant social majeur, influençant directement la qualité de la prévention, la gestion des maladies chroniques, l’observance thérapeutique, le recours aux soins… »

 

 

Acteurs (plus ou moins) actifs

 

L’entourage proche, mais aussi le milieu éducatif ou encore les professionnels de santé sont les premiers acteurs de la lutte contre l’ignorance. Médecins traitants et pharmaciens sont notamment aux premières loges pour écouter, informer et accompagner les jeunes comme leurs parents Un exemple d’interactions réussies ? L’appli éducative allemande Nebolus. Basée sur la géolocalisation, elle invite les adolescents de participer à des « rallyes » locaux, leur permettant de rencontrer différents professionnels du soin, découvrir leurs services et apprendre à naviguer dans les systèmes de santé. Si l’initiative est appréciée par les participants, toute déclinaison à d’autres territoires nécessite de trouver des soignants motivés par ce genre de mission. Une adhésion compliquée à obtenir, alors que l’autonomisation des usagers est pourtant considérée comme centrale dans la maturation des systèmes de santé.

 

 

Réponses publiques et comportementales

 

L’engagement des pouvoirs publics participe également à démocratiser l’accès à une information de qualité et adaptées à de larges publics, en s’appuyant sur leurs besoins réels. « La mesure de la littératie en santé générale dans la population française a servi de déclic et de socle aux réflexions et projets actuels ou à venir, confirme le Dr Caroline Semaille, Directrice générale de Santé publique France. Elle contribue à une meilleure prise en compte des niveaux de compréhension dans l’élaboration de dispositifs de prévention et de promotion de la santé, dans une perspective de réduction des inégalités sociales. » Au-delà des paroles, les actes : campagne « Parlons santé mentale », spot publicitaire « À chaque vaccination, c’est la vie qui reprend », brochure « Communiquer pour tous », sont autant d’illustrations d’une dynamique d’acculturation, reposant sur des concepts de sciences comportementales, qui représentent un excellent vecteur d’amélioration de la littératie en santé des jeunes… et des moins jeunes.

Focus initiative : AppDate-You

En cours de développement en région Occitanie, AppDate-You est un dispositif mis au point pour accompagner les femmes dans leur parcours de dépistage du cancer du col de l’utérus, en particulier celles à plus faible revenu ou avec un plus faible niveau d’éducation. Le programme s’articule autour d’un chatbot basé sur l’intelligence artificielle, disponible sur des messageries couramment utilisées comme WhatsApp ou Messenger.

 

Plusieurs concepts de sciences comportementales ont été intégrés au chatbot :

L’effet messager, en mettant en avant des institutions rassurantes et fiables ;

La facilité, en proposant des messageries couramment utilisées, en donnant accès à un annuaire de praticiens habilités et à des lieux proches pour se procurer un auto-test ;

L’effet de cadrage, en mettant en avant les informations clés de façon claire et impactante et en valorisant la simplicité de l’auto-test comme alternative au dépistage classique.

 

Le projet présente également un volet analytique, via une étude permettant de préciser l’apport d’AppDate-You dans l’adhésion au dépistage du cancer du col de l’utérus chez les femmes non réceptives.