Comment inciter les 18-25 ans à investir dans leur santé quand leurs priorités sont ailleurs ? Entre sciences comportementales et initiatives de terrain, de nouvelles pistes se dessinent pour redorer le blason de la prévention et motiver les jeunes à l’intégrer dans leurs modes de vie.
Vaccin désirable
En matière de prévention santé des jeunes adultes, le problème n’est pas tant le manque d’information que l’absence de détermination à passer à l’acte. La vaccination illustre bien cette dissociation, les enquêtes relevant une réception globalement favorable au principe, mais des taux de recours hétérogènes. Le problème est souvent motivationnel et organisationnel : complexité du parcours, faible sentiment d’urgence, bénéfices perçus comme lointains, effort immédiat jugé disproportionné. Une réponse simple a été proposée dans le cadre d’un projet Georgien, présenté dans le troisième Cahier expert de la Fondation APRIL : un rappel SMS, qui a multiplié par 1,6 le nombre de vaccinations contre les papillomavirus. « Le dispositif a cherché à créer un contexte propice à l’action : rappels personnalisés, simplification des démarches, mise en visibilité du caractère courant de la vaccination… résume Niall daly, conseiller en recherche au sein de l’équipe du Behavioural Insights Team (BIT). Parmi les options testées, le SMS avec un message indiquant que le vaccin était spécialement réservé pour la fille du parent/tuteur s’est révélé la version la plus efficace. » Confirmation que l’effet de dotation – « Ce vaccin est à vous, ne le laissez pas perdre » – s’avère plus puissant qu’une simple information factuelle.
Jouer pour mieux durer
Autre approche motivationnelle, particulièrement adaptée aux jeunes : la gamification et sa capacité d’empowerment. Le jeu vidéo Re-Mission a ainsi été développé pour améliorer l’adhésion aux traitements anticancéreux : les joueurs contrôlent un nanorobot combattant les cellules cancéreuses dans un environnement 3D immersif. Chaque victoire dans le monde virtuel renforce le sentiment d’auto-efficacité dans la vie réelle. Résultat ? Une meilleure observance thérapeutique. Neurologue à l’Institut du Cerveau et experte en serious games, Marie-Laure Welter souligne toutefois la subtilité de l’exercice : « Impliquer les gens dans une pratique d’auto-soin est extrêmement compliqué s’il n’y a pas un thérapeute à leurs côtés. Dans les sciences cognitives au sens large, on retrouve un aspect d’entraînement et de répétition régulière des tâches, qui impose d’être consistant dans sa proposition ludique, sans se montrer ennuyeux ou trop fatiguant. » La motivation par le jeu ne fonctionne que si elle procure un feedback immédiat et un sentiment de compétence.
Paradoxe motivationnel
De façon plus transverse, les expérimentations exposées dans le troisième cahier Expert de la Fondation APRIL, qu’elles portent sur la réduction des consommations à risque la préservation de la santé mentale ou encore la lutte contre le décrochage des parcours de soins, laissent émerger un constat global : la motivation individuelle s’accroit lorsqu’elle s’inscrit dans une dynamique collective. « On se motive plus facilement à faire quelque chose quand on a le sentiment que d’autres comme nous le font aussi », explique Laura Litvine, directrice du Behavioural Insights Team France. Ce mécanisme repose sur la norme descriptive : ce qu’un individu croit être le comportement majoritaire influence fortement ce qu’il s’autorise à faire. « Rendre visibles les comportements réellement majoritaires – modération, prudence, recherche de solutions – peut changer la donne : la prévention ne repose plus sur un effort individuel qu’on voit comme à contre-courant, mais sur un alignement avec ce que font déjà les autres, ce qui nous paraît demander moins d’effort. »
Coup de pouce environnemental
Aussi importants soient-ils, les leviers personnels sont parfois insuffisants, en particulier sur des sujets peu « porteurs ». Qui a réellement envie de prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur ou de choisir de l’eau plutôt qu’un soda sucré ? Lorsque la volonté vacille, l’environnement est appelé à prendre le relais. C’est le domaine du « Nudge » (coup de pouce), qu’illustrent divers projets du Cahier Expert. Une initiative danoise montre ainsi qu’en modifiant simplement l’agencement des boissons dans des distributeurs automatiques – eau à hauteur des yeux et sodas en bas – augmente les choix sains de 11%. En Allemagne, un lycée a pour sa part testé un système flexible de début de cours permettant aux élèves de choisir entre 8h00 et 8h50. « En donnant le choix de l’heure de début des cours, l’intervention renforce également le sentiment de contrôle des élèves », soulignent les chercheurs. Résultat : une meilleure qualité de sommeil, moins de réveils provoqués et des avantages psychologiques comme une meilleure motivation et une concentration plus aiguisée.
« Les expérimentations en sciences sociales mettent en lumière les écueils auxquels s’expose la prévention santé lorsqu’elle attend des individus un niveau de motivation héroïque. À l’inverse, elles montrent une voie de progrès, nécessitant des acteurs de santé au sens large d’accepter de concevoir des projets et des environnements où l’action devient simple, légitime et soutenue socialement », conclut Sophie Ferreira, déléguée générale de la Fondation APRIL.